Bonjour Philippe Lemaire,

Merci de bien vouloir te présenter en quelques lignes.

Difficile de résumer 58 ans de vie en quelques lignes, je me contenterai donc de dire que, suite à une incarnation sans doute malencontreuse sur cette Terre, je poursuis un parcours quelque peu chaotique commencé il y a bien des années, lequel est toutefois régulièrement agrémenté de bons moments, ou encore de surprises.

Philippe Lemaire

Quel a été ton parcours ? Les difficultés rencontrées, combien de temps as-tu mis pour trouver un éditeur. Sur quel choix d’éditeur t’es-tu porté ? Comment se passent tes relations avec la maison d’édition ?

J’ai commencé par sévir dans la bande dessinée en tant que dessinateur et scénariste, étant parvenu assez facilement à trouver des petites maisons d’édition qui acceptèrent ces premiers forfaits. Le hasard (si le hasard existe…) a voulu que je réalise une de ces bandes dessinées (« 16, rue du repos ») avec un certain Philippe Ward, lequel n’a pas tardé à me sortir un jour : « Toi, tu devrais écrire ! ». Philippe Ward étant par ailleurs un des patrons de la maison d’édition Rivière Blanche, c’est tout naturellement qu’il a édité mes premiers romans, puisque c’est lui-même qui m’a incité à les écrire.

J’entretiens bien entendu d’excellentes relations avec cet éditeur qui fut d’abord mon co-auteur et, aujourd’hui encore, il lui arrive régulièrement de m’inciter à écrire sur tel ou tel sujet (j’y reviendrai un peu plus loin). J’ai le même rapport avec Guillaume Belloy, le patron d’Inanna, lequel n’hésite pas non plus à me pousser à commettre tel ou tel nouveau forfait littéraire.

Le fait d’être auto-édité est assez différent, car au final, tu fais tout le travail éditorial, comment ça se passe ? Pourquoi ce choix ? Tu travailles avec un ou une correctrice, un ou une illustratrice ? Quels soucis rencontres-tu ?

Je n’utilise l’autoédition que pour les premiers ouvrages que j’avais réalisés en bande dessinée, car les éditeurs qui les avaient signés ont tous « disparu », sauf Roymodus de Jacques Cézard qui semble être réapparu soudainement et avoir encore pignon sur rue (structure à éviter, bien entendu, pour ceux qui liront cela). J’en vends malgré tout régulièrement, même si ce n’est pas mon activité principale.

Quelle est ta routine d’écriture si tu en as une ? Plutôt papier ou ordi/tablette ? As-tu des petites manies quand tu écris ? Comment écris-tu, dans le sens comment construis-tu ton histoire ? Quel est le processus qui t’amène à vouloir écrire une histoire jusqu’au manuscrit fini ?

Depuis Radu Dracula, tome 1, mon premier roman sorti en 2011, je n’ai plus jamais arrêté d’écrire. Hormis quelques nouvelles et collectifs d’auteurs, j’en suis à 13 romans publiés, aujourd’hui, le 14ème est en cours d’écriture, et je connais déjà la trame principale du 15ème et du 16ème qui suivront. Je travaille uniquement sur PC pour des raisons de confort et d’accès simplifié à l’inévitable documentation que nécessitent généralement mes récits. Mes romans sont construits sur la base d’un schéma grossier pour commencer (ce que je vais raconter dans les grandes lignes), je procède ensuite à un découpage par chapitres afin d’en étoffer le contenu et de m’assurer de l’efficacité du rythme, puis je passe enfin à l’écriture proprement dite où je me laisse emporter par le récit (quitte à revoir pas mal de choses en cours de route, je ne suis jamais prisonnier du plan que j’ai mis en place).

Radu Dracula intégrale

Peux-tu nous parler de tes livres, romans, nouvelles. Ton univers littéraire pour les auteurs de SFFF. Tes personnages… Pourquoi ce choix ? Qu’est-ce que tu aimes dans le fait d’écrire ? Travailles-tu sur un projet actuellement ? Qu’envisages-tu pour l’avenir ? Tu te vois où dans cinq ans ?

Mes 13 premiers romans racontent tous des histoires de vampires, dans des contextes souvent très différents (une revisite du mythe de Dracula pour les Radu, du western post apocalyptique pour les Moras, une immersion dans le monde celte pour Stryges, dans une légende locale pour La demoiselle de Tonneville, de la science fiction pour Résurrection, à nouveau du post apocalyptique futuriste pour Odyssée spectrale, et une incursion dans le monde des esprits pour L’Obscur et la lueur). Wikipédia et d’autres m’ont donc d’ores et déjà affublé de l’étiquette d’auteur de fantastique.

Mes personnages diffèrent énormément d’un roman à l’autre, on y trouvera aussi bien des femmes que des hommes, jeunes ou vieux, forts ou faibles, vertueux ou odieux, attachants ou répulsifs (et parfois même les deux en même temps). Ces personnages sont construits en même temps que la trame principale, je les affuble du caractère qui me semble le plus judicieux par rapport aux aventures qu’ils vont vivre.

Ce que j’aime dans le fait d’écrire est l’immersion que ça procure. Je vis dans ma tête les scènes que je raconte, c’est comme si elles étaient réelles dans un coin de mon esprit (un peu comme les « formes-pensées » auxquelles je fais référence dans L’Obscur et la lueur).

Sinon, j’écris actuellement un roman qui revisite le même de… Tarzan ! Ça peut sembler curieux pour un auteur qui n’avait jusque là sévi que dans le fantastique, mais je prends autant de plaisir à revisiter ce mythe qu’à mettre des vampires en scène. La maison d’édition Inanna (qui avait déjà pris la demoiselle de Tonneville) s’est montrée immédiatement enthousiasmée par ce projet qui vise à rétablir ce qui pourrait bien avoir été la vérité au sujet d’un enfant perdu dans la jungle africaine. Cette même maison d’édition m’a déjà commandé un western qui suivra la publication de « mon Tarzan », et Rivière Blanche m’a récemment proposé de m’essayer au thriller, car ils estiment que c’est un genre qui collerait bien à ma façon d’écrire. Je ne me pose donc aucune question sur mon avenir puisqu’on me sollicite avant même qu’une nouvelle idée de roman ne m’ait traversé l’esprit. Dès lors, je vais écrire ces livres, m’éloignant ainsi pour un temps du fantastique, mais auquel je retournerai certainement avant cinq ans car je crois bien que c’est dans mon ADN.

Mais j’essaye d’inculquer certaines valeurs consécutives à mon expérience de la vie dans mes bouquins, et c’est sans doute pour ça que ça me plaît d’écrire. Si l’expérience de ceux qui ont survécu aux horreurs que certains veulent faire subir peut servir à d’autres, autant que ce soit le cas, fût-ce par des biais détournés comme le fantastique qui, dans ce cas, n’est sans doute que de la pudeur.

Aurais-tu quelques anecdotes liées à ton métier d’écrivain ? Qu’est ce que tu aimes ou détestes dans le fait d’aller en dédicaces, salons… ?

J’ai fait beaucoup de salons à mes débuts, mais l’état de santé de mon épouse ne me permet plus de m’y rendre. Lorsque j’y apparaissais fréquemment, je n’aimais ni ne détestais ces manifestations, il y avait des moments agréables et d’autres moins, comme à chaque fois qu’il y a une concentration d’humains, me semble-t-il. Sinon, hormis mes contacts très cordiaux avec des éditeurs qui sont, en fait, des complices, j’ai eu la surprise de constater qu’une agrégée de lettres (j’espère que c’est le bon diplôme ! ^^) m’ayant servi de correctrice pouvait également avoir une influence particulièrement bénéfique sur mes forfaits. Il s’agit pourtant là d’une Belge, baptisée qui plus est Anne Ledieu, j’ai donc toutes les raisons de me méfier d’un nom pareil, comme vous pouvez vous en douter. Elle m’a cependant été d’un grand secours pour m’aider à mieux torturer les finesses de la langue française, moi qui avais été viré comme un malpropre des écoles publiques à l’âge de 16 ans.

Quel lecteur es-tu ?

Alors ça, je n’en sais rien du tout, je ne me suis jamais posé cette question. Mon auteur fétiche est sans doute Stephen King, mais je lis des choses aussi variées que les grands classiques de la littérature ou que les délires psychédéliques d’un nouvel auteur. Je crois être bon public, si toutefois le récit présente de l’intérêt et qu’il est agréable à lire.

As-tu d’autres passions que l’écriture et la lecture ?

Oh oui, j’en ai beaucoup. Le dessin en fait partie puisque j’ai été dessinateur de BD (et suis toujours illustrateur), mais on peut rajouter la pratique de la guitare basse, le billard (pool anglais) où j’ai évolué à haut niveau lorsque j’étais plus jeune, le tir (arc et armes à feu), la mer et ses activités, les animaux, et j’en oublie forcément.

Quelle est ton actualité du moment ? Dédicaces, salons, festivals ? Un prix ?

C’en est fini pour moi des salons comme je l’ai dit plus haut, donc j’écris, j’écris, j’écris… et je dessine aussi entre deux pour mes propres besoins ou ceux de confrères (comme pour le Concile des quarante sorti il y a quelques jours chez Zonaires éditions).

Ça te dit de faire un petit jeu avec nous ? Un petit portrait chinois ?

A : Si tu étais une créature laquelle serais-tu ?

Sans surprise, va pour un vampire puisque ce sont mes monstres de prédilection et que, si on ne m’avait pas limé les canines à l’âge de 14 ans, j’en aurais tout à fait la tête. ^^

B : Si tu étais un animal ?

Un chat (c’est mon signe astrologique chez les Vietnamiens)

C : Un plat ?

Difficile, j’aime presque tout. Va pour une paëlla.

D : Un groupe, chanteur(se), musicien(ne)… préféré(e) ?

Kiss pour leurs outrances et le côté grand guignol qu’ils assument, ne se prenant pas au sérieux.

E : Une couleur ?

Noir, sans doute.

F : Si tu étais un roman ?

La tour sombre.

G : Si tu n’avais pas été écrivain qu’aurais-tu aimé faire ?

Bassiste dans un groupe de hard ou de métal, pour jouer à Lemmy Kilmister ou à Gene Simmons.

Aurais-tu un petit mot pour tes lecteurs(trices) ou potentiels lecteurs(trices) ?

Vivez vos rêves et écoutez du rock, c’est très bon pour la santé.

Merci Philippe d’avoir répondu à cette longue interview.


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